Comprendre son fonctionnement, c’est déjà une étape importante dans la connaissance de soi. Vous savez peut-être pourquoi certaines situations vous mettent en colère, d’où vient votre peur du rejet ou pourquoi vous avez besoin de tout contrôler. Vous avez même parfois travaillé sur ces difficultés pendant des années. Et pourtant, il suffit d’une remarque ou d’une contrariété pour que vous réagissiez exactement comme avant.
Et pourtant, il suffit parfois d’une remarque, d’une attitude ou d’une contrariété pour que vous réagissiez exactement comme avant.
Alors, à quoi bon avoir compris tout cela si, au moment où vous en avez besoin, rien ne semble avoir changé ?
Quand la connaissance devient une excuse
Je me souviens d’une conversation assez amusante avec une amie qui avait décidé d’étudier l’astrologie parce que je m’y intéressais moi-même.
Un jour, elle m’annonce qu’elle vient de découvrir quelque chose dans nos thèmes astraux. Sa Lune noire était apparemment en relation avec la mienne, ou quelque chose du genre. Je ne me souviens plus exactement de la configuration.
Toute contente de sa découverte, elle m’explique : « Ah, mais maintenant je comprends pourquoi j’ai toujours envie de m’opposer à toi, de te contredire et de chercher à te provoquer ! »
Je lui réponds alors : « Ah bon ? Mais maintenant que tu le sais, pourquoi tu continues ? »
Et sa réponse m’a laissée perplexe : « Parce que c’est écrit dans mon thème ! Je ne vois pas pourquoi je changerais. »
Autrement dit, elle venait de découvrir une explication à son comportement et, plutôt que d’y voir une occasion de s’observer, elle en avait fait une excellente raison de continuer.
Cette histoire m’est restée parce qu’elle montre à quel point nous pouvons utiliser nos connaissances pour confirmer ce que nous sommes déjà convaincus d’être.
« Je suis comme ça. » « C’est mon caractère. » « C’est dans mon thème astral. » « C’est à cause de mon enfance. »
Peu importe l’explication, elle peut finir par devenir une identité à laquelle nous nous accrochons.
Et c’est là tout le paradoxe : nous cherchons à mieux nous connaître pour évoluer, mais nous pouvons aussi utiliser ce que nous découvrons pour nous enfermer un peu davantage dans nos fonctionnements.
Comprendre n’est pas encore expérimenter
Nous vivons à une époque où nous avons accès à une quantité extraordinaire d’informations sur le fonctionnement humain. Nous pouvons lire des livres, suivre des formations, consulter des professionnels, explorer nos blessures et nos conditionnements. Nous apprenons à reconnaître nos mécanismes, à identifier nos croyances et à expliquer nos réactions.
Tout cela peut être très utile. Le problème commence lorsque nous confondons cette compréhension avec une transformation réelle.
Je peux parfaitement savoir que je suis sensible à la critique et être profondément blessée par une remarque anodine. Je peux comprendre que mon besoin de contrôle est lié à mon histoire et continuer à vouloir maîtriser tout ce qui m’entoure. Je peux même reconnaître que j’interprète les paroles de quelqu’un et rester absolument convaincue que mon interprétation est la bonne.
Autrement dit, je peux savoir beaucoup de choses sur moi sans nécessairement être capable de les utiliser lorsque la vie me met à l’épreuve.
Cette différence entre ce que nous comprenons et ce que nous ressentons apparaît aussi dans nos décisions. J’en parlais d’ailleurs dans un autre article, Quand la tête dit oui… mais que quelque chose en nous dit non, où j’aborde notamment ce que la chirologie peut nous apprendre sur notre manière de réfléchir, de ressentir et de choisir.
Comprendre son fonctionnement peut donc nous aider à reconnaître nos mécanismes, sans nécessairement nous donner la capacité de les modifier.
Pourquoi nos anciennes réactions reviennent-elles ?
Parce que nos réactions ne sont pas uniquement le résultat de ce que nous pensons consciemment.
Nous arrivons dans chaque situation avec notre histoire, notre éducation, nos expériences, mais surtout avec le sens que nous leur avons donné.
Prenons un exemple simple. Quelqu’un vous fait une remarque sur votre manière de travailler. Pour cette personne, il s’agit peut-être d’une simple observation. Pour vous, cette remarque peut immédiatement devenir une critique de vos compétences.
Vous vous sentez jugé, peut-être même diminué. Vous commencez à vous justifier, à vous défendre ou à vous fermer.
Quelques heures plus tard, vous prenez du recul. Vous réalisez que la personne n’avait probablement aucune intention de vous blesser. Vous comprenez même que votre réaction ressemble à quelque chose que vous avez déjà vécu.
Mais qu’est-ce qui se passera la prochaine fois ?
Si vous n’avez appris qu’à expliquer votre réaction après coup, il est possible que vous recommenciez exactement de la même manière.
Non pas parce que vous n’avez rien compris, mais parce que la compréhension n’a pas encore trouvé sa place dans votre manière de vivre ces situations.
Et si nous commencions par observer plutôt que par expliquer ?
Pendant longtemps, j’ai moi-même cherché à comprendre pourquoi je réagissais comme je le faisais. J’ai beaucoup appris, beaucoup expérimenté et parfois aussi beaucoup compliqué les choses.
Avec le temps, je me suis aperçue que je pouvais passer énormément de temps à analyser une situation sans pour autant changer ce que je vivais intérieurement.
J’ai alors commencé à m’intéresser davantage à ce qui se passait en moi au moment même où je réagissais.
Qu’est-ce que je ressentais dans mon corps ? À quel moment une émotion commençait-elle à monter ? Qu’est-ce qui venait de se passer juste avant que je perde patience ou que je me sente blessée ?
C’est un apprentissage très différent.
Au début, nous remarquons souvent nos réactions après coup. Nous réalisons que nous nous sommes encore emportés, que nous avons mal interprété une situation ou que nous avons réagi beaucoup plus fortement que nous l’aurions souhaité.
Puis, progressivement, nous commençons parfois à reconnaître ce qui se passe pendant que nous le vivons.
Et c’est précisément là qu’une nouvelle possibilité apparaît.
Retrouver une liberté de réponse
Imaginez que vous soyez en pleine discussion et que votre interlocuteur prononce une phrase qui vous agace profondément.
Habituellement, vous auriez immédiatement répondu. Vous auriez peut-être élevé la voix, sorti une vieille histoire ou commencé à expliquer pourquoi cette personne a encore tort.
Mais cette fois, vous remarquez ce qui se passe en vous. Vous sentez la colère monter. Vous reconnaissez votre envie de vous défendre.
Et au lieu de répondre immédiatement, vous prenez simplement une respiration.
Vous n’avez pas nécessairement moins de colère. Vous n’êtes pas devenu soudainement plus sage ou plus tolérant. Vous êtes simplement suffisamment présent pour reconnaître ce qui est en train de se passer.
Cette petite différence peut changer beaucoup de choses.
Parce qu’à partir du moment où je suis capable d’observer ma réaction, je ne suis plus obligée de lui abandonner entièrement les commandes.
Je peux toujours exprimer mon désaccord, poser une limite ou décider que la situation ne me convient pas. Mais je commence à retrouver la possibilité de choisir comment je souhaite y répondre.
Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un qui ne réagit plus
Je trouve important de le préciser, parce que nous avons parfois tendance à transformer notre cheminement personnel en une nouvelle exigence.
Il faudrait désormais être toujours calme, conscient, patient, bienveillant. Ne plus être blessé, ne plus se mettre en colère, ne plus retomber dans nos anciens fonctionnements.
Et lorsque cela arrive, nous avons l’impression d’avoir échoué.
Mais pourquoi faudrait-il mesurer notre évolution uniquement à partir de ce que nous ne réussissons pas encore ?
Si vous avez réagi dix fois de la même manière, mais qu’à la onzième vous avez réussi à reconnaître ce qui se passait avant de répondre, quelque chose a déjà changé.
Ce n’est peut-être pas spectaculaire. Pourtant, vous venez d’expérimenter ce que toutes vos connaissances ne pouvaient pas faire à votre place.
Vous avez commencé à vivre autrement une situation qui, jusque-là, vous emportait automatiquement.
Une expérience à faire dans votre quotidien
La prochaine fois qu’une situation vous dérange, plutôt que de chercher immédiatement pourquoi vous réagissez ainsi, essayez simplement de remarquer ce qui se passe.
Qu’est-ce que vous ressentez ? Où le ressentez-vous dans votre corps ? Êtes-vous en train de répondre à ce qui vient réellement de se produire ou à ce que vous avez compris de la situation ?
Vous n’avez pas besoin de trouver toutes les réponses. Vous pouvez simplement prendre quelques instants pour respirer et revenir à vous.
Vous découvrirez peut-être que ce que vous ressentez ne change pas immédiatement. Et ce n’est pas nécessairement un problème.
L’objectif n’est pas de faire disparaître vos émotions. Il est d’apprendre à les reconnaître sans être systématiquement dirigé par elles.
Comprendre son fonctionnement peut nous éclairer sur nos réactions. Mais c’est en apprenant à nous observer pendant que nous vivons les choses que nous pouvons commencer à agir autrement.
C’est probablement là que toutes nos connaissances prennent véritablement leur sens.
Valérie Dalles
Conférencière • Formatrice • Accompagnement personnalisé
La relation commence en soi.









