Changer d’avis n’est pas toujours aussi simple qu’on pourrait le croire. Il arrive qu’on poursuive un projet longtemps après que l’envie qui l’a fait naître a commencé à changer. Nous y avons consacré du temps, de l’énergie, parfois des années, et reconnaître qu’il ne nous correspond plus tout à fait peut donner l’impression de remettre en question tout ce que nous avons construit.
Pourtant, une décision peut avoir été parfaitement juste à une période de notre vie sans devoir le rester pour toujours. Entre-temps, nous avons vécu, appris, changé. Nos priorités ont pu évoluer, certains besoins devenir plus importants, d’autres perdre de leur place. Rien de cela ne rend notre ancien choix mauvais. Il appartient simplement à une autre étape de notre parcours.
Persévérer n’oblige pas à continuer à tout prix
Nous valorisons beaucoup la persévérance, et c’est compréhensible. Il faut du temps pour construire quelque chose, développer une compétence, faire grandir une entreprise ou mener un projet à maturité. Abandonner dès que ça devient difficile ne mène pas très loin.
La difficulté commence lorsqu’on ne sait plus très bien si l’on continue par envie ou uniquement par fidélité à ce qu’on avait décidé autrefois. Plus nous avons investi, plus le changement devient inconfortable. Nous pensons aux années déjà consacrées, à l’argent dépensé, aux engagements pris, à tout ce qu’il faudrait peut-être remettre en question.
À ce moment-là, continuer peut sembler plus facile que reconnaître que notre désir a changé.
Pourtant, rester dans une direction simplement parce qu’elle a longtemps été la nôtre ne garantit pas qu’elle nous corresponde encore aujourd’hui.
Ce que nous avons vécu n’est pas perdu
Changer de direction donne parfois l’impression de repartir de zéro. En réalité, ce que nous avons construit continue de faire partie de nous.
Quelqu’un qui quitte un métier après vingt ans ne laisse pas derrière lui vingt années inutiles. Il conserve son expérience, ses compétences, ses apprentissages, sa façon de travailler, les rencontres qui l’ont marqué et tout ce qu’il a découvert sur lui-même au passage.
La même chose vaut pour un projet, une relation, une passion ou une ambition. Certaines choses ont leur temps. Elles peuvent avoir été importantes, nous avoir fait grandir et finir par ne plus occuper la même place.
Je trouve cette idée assez apaisante : un choix n’a pas besoin d’être valable toute une vie pour avoir été un bon choix.
Nous pouvons reconnaître ce qu’un chemin nous a apporté sans nous sentir obligés de l’emprunter indéfiniment.
Pourquoi est-il parfois si difficile de changer d’avis ?
Lorsque nous prenons une décision importante, nous le faisons avec ce que nous savons de nous à ce moment-là. Nous n’avons pas encore vécu ce qui viendra ensuite.
À vingt ans, quarante ans ou soixante ans, nous ne regardons pas forcément les mêmes choses de la même manière. Certaines ambitions restent intactes, d’autres changent profondément. Changer d’avis dans ces circonstances ne signifie pas forcément manquer de constance. Ce n’est pas nécessairement de l’instabilité. Cela peut simplement être le résultat de l’expérience.
Nous pouvons aussi rester attachés à une ancienne décision parce qu’elle faisait partie de l’image que nous avions de nous-mêmes. Changer implique alors d’accepter que cette image évolue elle aussi.
Cela demande parfois davantage d’honnêteté que de continuer comme avant.
Changer réellement ou simplement traverser une mauvaise passe
Il reste malgré tout une question importante : comment savoir si nous sommes réellement arrivés au bout de quelque chose ou si nous traversons seulement une période de fatigue ou de découragement ?
Un projet peut être difficile sans avoir perdu son sens. Une entreprise peut traverser une mauvaise période. Une relation peut demander des ajustements. Dans ces situations, tenir bon peut être exactement ce qu’il faut.
À d’autres moments, nous sentons depuis longtemps que quelque chose ne nous ressemble plus, mais nous hésitons à l’admettre.
Ce n’est pas toujours évident de faire la différence. C’est là que mieux se connaître devient intéressant. Comprendre ce qui nous motive, ce qui nous freine, nos façons habituelles de réagir et ce dont nous avons réellement besoin peut nous aider à regarder une situation avec davantage de clarté.
On peut aussi se poser quelques questions très simples. Est-ce que ce projet me donne encore envie, même lorsqu’il est difficile ? Lorsque j’imagine continuer de cette manière pendant plusieurs années, est-ce que quelque chose en moi s’ouvre ou est-ce que je sens surtout le poids de ce que j’ai déjà investi ? Si je prenais cette décision aujourd’hui, avec ce que je sais maintenant, est-ce que je ferais encore le même choix ?
Les réponses ne viennent pas toujours immédiatement. Elles n’ont pas besoin de venir immédiatement non plus.
Changer d’avis sans renier ce que nous avons construit
Certaines décisions ont été justes à une époque et cessent de l’être plus tard. Cela ne signifie pas que nous nous sommes trompés.
Nous pouvons avoir aimé un métier et vouloir ensuite l’exercer autrement. Avoir poursuivi une certaine idée de la réussite et découvrir qu’elle ne nous intéresse plus autant. Avoir construit un projet avec enthousiasme et sentir qu’une nouvelle direction commence à prendre davantage de place.
Nous ne sommes pas obligés de défendre toute notre vie les choix d’une version plus ancienne de nous-mêmes.
Peut-être que la question à se poser de temps en temps est simplement celle-ci : est-ce que la direction que je suis aujourd’hui me correspond encore réellement ?
Lorsque la réponse change, ce n’est pas forcément un manque de constance.
C’est parfois simplement le signe que nous avons évolué.









