Nous valorisons beaucoup la constance. Tenir ses engagements, aller jusqu’au bout de ce que l’on commence, respecter sa parole… et je suis la première à penser que tout cela est important. Mais changer d’avis est-il forcément un manque de constance ?
Mais il y a une question que l’on pose beaucoup moins souvent : que fait-on lorsqu’on réalise que la décision que nous avons prise ne nous convient plus ?
Il y a quelque temps, j’ai vécu une situation professionnelle qui m’a obligée à me poser cette question. J’avais accepté un projet avec enthousiasme. J’avais dit oui de bonne foi, persuadée d’avoir compris ce qui m’était proposé. Puis j’ai demandé à voir le contrat et j’ai découvert que la réalité était assez différente de ce que j’avais imaginé.
J’avais une décision à prendre : respecter mon « oui » coûte que coûte ou reconnaître que ce oui avait été donné à partir d’une compréhension qui n’était pas la bonne.
J’ai choisi de revenir sur ma décision.
Ça n’a pas plu. Et je peux le comprendre. Lorsque quelqu’un nous donne sa parole, nous nous attendons à ce qu’il la respecte. Mais cette expérience m’a amenée à réfléchir à quelque chose de beaucoup plus large.
Nous changeons, nous apprenons et nous obtenons de nouvelles informations. Nous découvrons parfois une réalité que nous ne connaissions pas au moment de décider. Et quelquefois, nous nous rendons simplement compte que ce qui nous convenait hier ne nous convient plus aujourd’hui.
Alors pourquoi faudrait-il nécessairement considérer le changement d’avis comme une faiblesse ?
Évidemment, il ne s’agit pas de changer de direction au moindre inconfort ni de se dégager de nos responsabilités chaque fois qu’elles deviennent contraignantes. Il y a une différence entre fuir ce qui nous dérange et reconnaître lucidement qu’une décision mérite d’être revue.
Et cette différence n’est pas toujours facile à faire.
Je crois que c’est là que revenir à soi devient important. Non pas pour chercher une justification à ce que nous avons envie de faire, mais pour essayer de regarder la situation avec suffisamment d’honnêteté.
Qu’est-ce qui a changé depuis mon premier oui ? Est-ce la situation ou simplement mon envie ? Est-ce que je dispose aujourd’hui d’informations que je n’avais pas auparavant ? Qu’est-ce que cela me coûte de rester ? Et qu’est-ce que cela implique de partir ?
Il y a aussi une autre question, peut-être plus inconfortable : est-ce que je continue parce que cette décision est encore juste pour moi ou parce que j’ai peur de ce que les autres penseront si je change d’avis ?
Parce que nous pouvons parfois rester longtemps dans une direction simplement pour demeurer cohérents avec la personne que nous étions au moment où nous l’avons choisie.
Et pourtant, changer de direction n’efface pas forcément le chemin déjà parcouru.
Quand je conduis un bateau, je peux avoir décidé d’aller quelque part et corriger ma trajectoire en cours de route. Cela ne signifie pas que le chemin précédent n’a servi à rien. Il m’a simplement permis de voir où j’étais et ce qui devait être ajusté.
Dans la vie, c’est peut-être un peu pareil.
Je continue d’accorder beaucoup de valeur à un oui. Mais aujourd’hui, j’accorde aussi de la valeur à la capacité de reconnaître lorsqu’un oui mérite d’être reconsidéré.
Changer d’avis peut décevoir. Cela peut avoir des conséquences et cela ne nous dispense certainement pas de les assumer.
Mais rester fidèle à une ancienne décision simplement pour pouvoir dire que nous refusons de changer d’avis ne me semble pas nécessairement être de la fidélité.
Parfois, être fidèle à soi demande justement d’avoir le courage de changer de direction.
Valérie









