Changer de regard ne signifie pas forcément découvrir que nous nous sommes trompés. Il nous arrive tous de nous faire une idée très rapidement d’une personne ou d’une situation. Quelqu’un nous répond d’une certaine façon, pose un geste qui nous dérange, ne réagit pas comme nous l’aurions souhaité… et notre cerveau commence immédiatement à construire une explication.
« Il ne m’écoute pas. » « Elle ne me respecte pas. » « On ne reconnaît pas ce que je fais. » « Cette personne est froide, contrôlante, égoïste… »
Et le plus troublant, c’est que nous avons parfois raison.
Il y a quelque temps, je vous racontais ma rencontre avec une personne que j’avais commencé à juger avant même de la connaître. À travers quelques échanges, je l’avais trouvée très rationnelle et j’avais déjà commencé, sans vraiment m’en rendre compte, à la mettre dans une petite case.
Lorsque je l’ai rencontrée, je me suis aperçue que ma perception n’était pas complètement fausse. Cette personne était effectivement très rationnelle. Mais ce que je n’avais pas vu, c’était tout ce qu’il y avait derrière : sa sensibilité, sa souffrance, sa gentillesse, son humanité.
Je n’avais donc pas nécessairement mal regardé. Je n’avais simplement pas regardé assez loin.
Je trouve cette nuance importante, parce que changer de regard ne signifie pas nier ce que nous percevons ou chercher absolument une explication positive à tout. Certaines personnes ont réellement des comportements qui nous blessent. Certaines situations sont réellement injustes, désagréables ou difficiles.
Mais il y a une différence entre reconnaître ce qui se passe et laisser notre interprétation devenir toute la réalité.
Lorsque quelque chose nous touche, nous avons naturellement tendance à regarder vers l’extérieur. Nous cherchons à comprendre l’autre, ses intentions, ses comportements. Et souvent, nous accumulons les preuves qui confirment ce que nous pensions déjà.
À force de chercher à savoir si nous avons raison sur l’autre, nous pouvons alors oublier une question beaucoup plus intéressante : qu’est-ce que cette situation vient toucher en moi ?
Pas pour excuser l’autre. Pas pour nous rendre responsables de son comportement. Et certainement pas pour accepter ce qui ne nous convient pas. Mais parce que la réponse à cette question nous appartient.
Si je me sens rejetée, ignorée, jugée ou dévalorisée, je peux passer beaucoup de temps à démontrer que l’autre m’a effectivement rejetée, ignorée, jugée ou dévalorisée. Peut-être même aurai-je parfaitement raison.
Mais après ? Qu’est-ce que je fais de ce que cette situation a réveillé en moi ?
C’est probablement là que le changement de regard devient le plus intéressant. Non pas lorsque nous décidons que notre première perception était fausse, mais lorsque nous acceptons qu’elle puisse être juste et pourtant incomplète.
Nous sommes tous beaucoup plus complexes que ce que nous laissons voir dans un geste, une réaction ou quelques paroles. Et les situations que nous vivons le sont probablement aussi.
Alors, ces derniers temps, j’essaie de remplacer une question. Au lieu de me demander uniquement : « Est-ce que j’ai raison de penser cela de cette personne ? », j’essaie aussi de me demander : « Qu’est-ce que cette situation est en train de révéler chez moi ? »
La réponse est parfois beaucoup moins confortable, mais elle m’est aussi beaucoup plus utile.
Parce qu’au fond, je peux avoir parfaitement raison sur l’autre… et malgré tout passer complètement à côté de moi.
Valérie









