Pourquoi voyons-nous si facilement tout ce qu’il nous reste à faire… et parfois si mal tout ce que nous avons déjà accompli ?
On peut consacrer des semaines, des mois, parfois davantage à un projet. Y penser, apprendre, hésiter, corriger, résoudre des problèmes. Puis un jour, c’est fait.
Et presque aussitôt, quelque chose d’étrange se produit : ce qui nous demandait tant d’énergie devient normal.
Notre regard se déplace vers la prochaine étape. Ce qui manque encore. Ce qui pourrait être mieux. Ce que nous n’avons pas terminé.
Comme si la réussite perdait de sa valeur dès qu’elle était derrière nous.
Cette réflexion m’est venue cette semaine en regardant le ciel astrologique, mais aussi beaucoup plus simplement en regardant notre serre géodésique.
Pendant sa construction, je voyais surtout ce qui n’était pas terminé : la structure, les ajustements, les imprévus, les choses qu’il fallait encore comprendre ou corriger. Quand on est au milieu d’un projet, c’est souvent ce que l’on voit le mieux : le morceau qui manque.
Puis récemment, en la regardant, je me suis dit : elle est là.
Et derrière cette serre, il n’y a pas seulement le résultat. Il y a tout ce qu’il a fallu apprendre, essayer, recommencer, chercher et résoudre pour qu’elle existe aujourd’hui.
C’est probablement ce que nous oublions le plus facilement lorsque nous évaluons nos propres réussites.
Chitra : créer, construire et donner forme
Le Soleil vient d’entrer en Balance dans Chitra, l’un des 27 nakshatras de l’astrologie védique.
Chitra porte une énergie très particulière. On l’associe à la création, à l’habileté, au sens de la forme, à la capacité de construire et de transformer une idée en quelque chose de concret. Son symbolisme est lié à l’artisan, à l’architecte, à celui qui ne se contente pas d’imaginer, mais qui donne réellement forme à une vision.
Et je trouve que Chitra pose une question intéressante : qu’avons-nous réellement construit avec ce qui était autrefois seulement une idée, une envie ou un potentiel ?
Nous regardons souvent ce qui n’existe pas encore. Chitra nous invite aussi à regarder ce qui a déjà pris forme.
Un projet terminé. Une compétence acquise. Une décision prise. Quelque chose que nous savons faire aujourd’hui et que nous ne savions pas faire il y a quelques mois ou quelques années.
Le paradoxe, c’est que plus nous développons une capacité, plus elle finit souvent par nous sembler banale.
Ce qui nous demandait autrefois du courage devient simplement « quelque chose que nous faisons ».
Et nous oublions tout le chemin qu’il a fallu parcourir pour en arriver là.
Vishakha : continuer à avancer… parfois trop vite
Mercure traverse actuellement Vishakha, un autre nakshatra dont l’énergie est très différente.
Vishakha parle davantage d’objectif, de direction, de détermination et de persévérance. Il y a dans cette énergie quelque chose qui regarde naturellement vers l’étape suivante.
Qu’est-ce que je veux atteindre ? Où est-ce que je vais ? Que reste-t-il à accomplir ?
C’est évidemment une qualité précieuse.
Sans objectif, sans désir d’avancer, beaucoup de choses resteraient à l’état d’intention.
Mais cette énergie peut aussi nous faire oublier de nous retourner de temps en temps.
Parce que lorsqu’on regarde toujours devant soi, on mesure notre vie à partir de ce qui manque encore plutôt qu’à partir de ce qui a déjà été construit.
Et je crois que beaucoup d’entre nous fonctionnent ainsi sans même s’en rendre compte.
Et quelle place accordons-nous à notre propre reconnaissance ?
Le Soleil se trouve en Balance, signe où il est traditionnellement considéré comme affaibli en astrologie védique.
Et avec Vénus qui rétrograde également en Balance, la question de la reconnaissance personnelle me semble particulièrement intéressante cette semaine.
Sommes-nous capables de reconnaître notre propre valeur lorsque personne d’autre ne nous la renvoie ?
Parce que nous sommes très habitués aux signes extérieurs de réussite.
Un diplôme. Une promotion. Un chiffre d’affaires. Un prix. Un compliment. Une reconnaissance professionnelle.
Tout cela nous permet de mesurer facilement quelque chose.
Mais beaucoup de transformations importantes ne viennent avec aucun certificat.
Quelqu’un peut décider de changer complètement de direction professionnelle sans avoir encore trouvé sa nouvelle place. Si l’on regarde uniquement le résultat, on pourrait dire : « Ce n’est pas encore réussi. »
Pourtant, cette personne a peut-être osé remettre en question une situation qui ne lui convenait plus. Elle a suivi une formation, rencontré de nouvelles personnes, développé de nouvelles capacités, pris des décisions qu’elle repoussait depuis longtemps.
Est-ce que tout cela ne compte pas simplement parce que le résultat final n’est pas encore arrivé ?
Nous savons mieux voir ce qui manque
C’est quelque chose que j’observe souvent dans mon travail de connaissance de soi.
Les personnes savent généralement très bien me parler de ce qu’elles voudraient améliorer. De ce qu’elles pensent devoir changer. De ce qui ne fonctionne pas comme elles le souhaiteraient.
Mais lorsqu’on leur demande quelles sont leurs forces, le discours devient parfois beaucoup plus hésitant.
Comme si reconnaître ce que l’on fait bien était prétentieux.
Pourtant, il existe une grande différence entre chercher à impressionner les autres et être capable de reconnaître honnêtement ce que nous avons développé.
Et cette reconnaissance devient encore plus difficile lorsque nous commençons à nous comparer.
La Balance parle aussi du rapport à l’autre. Il suffit parfois de regarder ce qu’une autre personne a accompli pour que notre propre réussite nous semble soudain beaucoup moins importante.
Nous étions contents de nous… jusqu’à ce que nous découvrions que quelqu’un a fait davantage. Plus vite. Plus grand. Plus visible.
Mais cette comparaison oublie quelque chose d’essentiel : nous ne sommes pas partis du même endroit.
Nous n’avons pas traversé les mêmes choses. Nous n’avons pas eu les mêmes ressources, les mêmes obstacles, les mêmes peurs ni les mêmes apprentissages à faire.
Comparer uniquement le résultat final revient à effacer tout ce qui s’est passé avant.
Toutes les réussites ne sont pas spectaculaires
Parfois, une réussite, c’est avoir enfin dit non.
C’est avoir osé prendre la parole alors qu’on ne l’aurait jamais fait auparavant. C’est s’être lancé dans quelque chose malgré la peur. C’est avoir développé une capacité. C’est avoir traversé une période difficile sans abandonner.
Ce ne sont pas nécessairement des réussites que l’on inscrit sur un curriculum vitæ.
Et pourtant, elles participent tout autant à la personne que nous devenons.
Nous approchons doucement de la fin de l’année et bientôt beaucoup commenceront à faire le bilan de ce qui a été accompli depuis janvier.
C’est souvent à ce moment-là que nous voyons ressortir les projets inachevés, les objectifs non atteints, les résolutions oubliées.
Mais avant de dresser cette liste, pourquoi ne pas regarder ce qui est déjà là ?
Qu’avez-vous appris cette année ?
Qu’avez-vous osé ?
Qu’est-ce qui vous demandait beaucoup d’efforts il y a quelques mois et qui vous semble maintenant presque naturel ?
Qu’avez-vous traversé ?
Qu’avez-vous construit ?
Peut-être que certaines de vos plus grandes réussites vous paraissent aujourd’hui ordinaires simplement parce que vous avez oublié tout ce qu’il vous a fallu pour y arriver.
Reconnaître ce que nous avons accompli ne signifie pas que nous n’avons plus rien à apprendre ni aucun objectif à poursuivre.
Cela permet simplement de regarder notre chemin avec davantage de justesse.
Et parfois, avant de chercher un nouvel objectif pour retrouver de l’élan, nous avons peut-être simplement besoin de réaliser que nous sommes déjà beaucoup plus loin que nous le pensions.
Alors, si vous deviez choisir aujourd’hui une seule chose dont vous êtes réellement fier depuis le début de l’année, laquelle serait-ce ?






